Je vais te dire un truc tout de suite : un carnet de croquis de voyage réussi n’est pas forcément un carnet parfait. Ce n’est pas un portfolio, ni un objet fait pour impressionner tout le monde sur les réseaux. Pour moi, c’est plutôt une petite boîte à sensations. Une terrasse où j’ai bu un café trop amer, une ruelle où je me suis perdu, un ciel rose au-dessus d’une gare, un ticket froissé collé de travers… tout ça a sa place.
J’ai longtemps cru qu’il fallait savoir dessiner correctement pour tenir un carnet illustré. Résultat : je ramenais des photos par centaines, mais très peu de souvenirs vraiment incarnés. Le jour où j’ai commencé à croquer vite, sans chercher la perfection, j’ai compris que le carnet de voyage n’était pas là pour prouver mon niveau, mais pour m’aider à regarder mieux.
Dans cet article, je te propose une méthode concrète pour créer ton carnet de croquis de voyage illustré : choix du matériel, organisation des pages, techniques faciles, idées de mise en page, erreurs à éviter et petites habitudes qui changent tout.
Choisir un carnet qui te donne envie de l’ouvrir
Le meilleur carnet, c’est celui que tu vas vraiment utiliser. Pas celui qui est le plus beau en boutique, pas celui qui coûte cher, pas celui que tu n’oses pas abîmer.
Personnellement, j’évite les carnets trop précieux. Si j’ai peur de rater la première page, c’est mauvais signe. Pour voyager, je préfère un format qui rentre dans un sac et que je peux sortir sans cérémonie : A5 si je veux de la place, A6 si je pars léger.
Voici les critères que je regarde avant de choisir :
- Le format : petit pour dessiner debout ou dans les transports, plus grand si tu aimes les compositions détaillées.
- Le papier : assez épais si tu veux utiliser de l’aquarelle ou des feutres. Un papier trop fin gondole vite et laisse parfois traverser l’encre.
- La reliure : spirale pour poser le carnet bien à plat, reliure cousue pour un rendu plus classique.
- La couverture : rigide si tu dessines souvent sans table, souple si tu veux gagner en légèreté.
- Le nombre de pages : mieux vaut un carnet moins épais mais terminé, qu’un gros carnet intimidant à moitié vide.
Mon conseil : avant le départ, teste deux ou trois pages. Mets un peu d’eau, trace au feutre, gomme un crayon. Tu sauras vite si le papier supporte tes envies.
Préparer une trousse simple, pas un atelier complet
Au début, j’emportais beaucoup trop de matériel. Des crayons, des feutres, une boîte d’aquarelle, plusieurs pinceaux, de la colle, des ciseaux, du ruban… Au final, je passais plus de temps à choisir l’outil qu’à dessiner.
Aujourd’hui, je pars avec une trousse courte et efficace. Tu peux très bien adapter selon ton style, mais voici une base confortable :
- un crayon graphite ou un porte-mine ;
- une gomme discrète, même si je t’encourage à ne pas tout effacer ;
- un feutre fin noir ou brun pour les contours ;
- quelques crayons de couleur ;
- une petite boîte d’aquarelle ou un pinceau à réservoir d’eau ;
- un chiffon ou un mouchoir ;
- un bâton de colle ou du masking tape ;
- une enveloppe plate pour garder tickets, reçus, étiquettes et petits papiers.
Tu n’as pas besoin de tout maîtriser. Un simple stylo suffit pour commencer. L’aquarelle peut venir ensuite, comme une touche d’ambiance. Les crayons de couleur sont parfaits si tu veux travailler tranquillement sans sortir d’eau. Le fusain ou les pastels peuvent donner de beaux effets, mais je les trouve moins pratiques en déplacement, car ils salissent facilement les pages.
Observer avant de dessiner : le vrai secret
On pense souvent que le dessin commence avec la main. En réalité, il commence avec les yeux.
Quand j’arrive dans un lieu, j’essaie de prendre deux minutes avant d’ouvrir mon carnet. Je regarde les grandes formes, la lumière, les lignes qui structurent l’espace. Est-ce que les toits penchent ? Est-ce que la rue monte ? Est-ce que les ombres découpent les façades ? Est-ce que les gens bougent vite ou lentement ?
Pour t’aider, tu peux te poser ces questions :
- Quelle est la forme principale de ce que je regarde ?
- Où se trouvent les zones les plus sombres ?
- Quelle couleur domine vraiment la scène ?
- Quel détail raconte le mieux l’endroit ?
- Qu’est-ce que je veux garder : l’architecture, l’ambiance, une émotion, une rencontre ?
Tu n’es pas obligé de tout dessiner. Au contraire, un carnet vivant choisit. Une fenêtre, une enseigne, une tasse, un arbre tordu, une silhouette avec un chapeau peuvent suffire à raconter une journée.
Commencer par des croquis rapides
Si tu bloques devant la page blanche, fais petit. Très petit. Dessine une vignette de cinq minutes, sans chercher le chef-d’œuvre.
J’aime bien fonctionner en trois temps :
- Les masses : je place les formes principales au crayon, très légèrement.
- Les lignes importantes : j’ajoute les contours, les directions, les éléments qui structurent la scène.
- Les détails utiles : je garde seulement ceux qui apportent du caractère.
Par exemple, si je dessine une place, je ne vais pas tracer chaque pavé. Je vais plutôt suggérer quelques lignes au sol, marquer l’ombre d’un arbre, croquer deux personnes assises et ajouter le nom du café où je me trouve.
Le piège classique, c’est de commencer par un détail minuscule, comme une fenêtre, puis de se rendre compte que tout le bâtiment ne rentre plus dans la page. Commence large, affine ensuite.
Ajouter la couleur sans se compliquer la vie
La couleur donne beaucoup d’émotion à un carnet de voyage, mais elle peut aussi faire peur. Mon approche préférée : limiter la palette.
Au lieu d’essayer de reproduire toutes les couleurs réelles, choisis trois ou quatre teintes qui racontent l’atmosphère. Un bleu gris pour un matin pluvieux, un ocre pour une vieille façade, un vert profond pour un jardin, une touche rouge pour une enseigne ou une robe qui attire l’œil.
Quelques techniques simples :
- Lavis léger : une couche d’aquarelle très diluée pour poser une ambiance.
- Taches contrôlées : quelques touches de couleur sur des zones précises, sans remplir toute la page.
- Crayon par-dessus l’aquarelle : pratique pour renforcer les contours après séchage.
- Feutre puis couleur : idéal si tu veux un style plus graphique.
- Page monochrome : une seule couleur, déclinée du clair au foncé, pour un rendu très cohérent.
Laisse aussi du blanc. On a souvent envie de remplir toute la page, mais les respirations rendent le carnet plus agréable à relire.
Mélanger dessins, mots et souvenirs collés
Un carnet de croquis de voyage n’est pas seulement un carnet de dessin. C’est ce mélange entre images, notes et fragments réels qui le rend personnel.
J’aime ajouter des phrases courtes, prises sur le moment :
- une odeur remarquée dans une rue ;
- une phrase entendue au marché ;
- le goût d’un plat ;
- la météo ;
- mon humeur du jour ;
- une petite mésaventure ;
- une recommandation donnée par quelqu’un ;
- le nom d’un lieu que je veux retrouver.
Les souvenirs collés sont aussi précieux : billets de train, tickets de musée, cartes de visite, étiquettes, morceaux de brochure, timbres, emballages plats. Attention simplement à ne pas transformer ton carnet en valise papier. Je garde ce qui raconte vraiment quelque chose.
Petite astuce : colle certains éléments seulement sur un côté, comme un rabat. Tu peux écrire dessous ou ajouter une date. Ça rend la page plus interactive.
Créer une mise en page harmonieuse
Tu n’as pas besoin d’être graphiste pour composer de belles pages. Quelques principes suffisent.
Avant de te lancer, imagine ta page comme un petit territoire. Où va le dessin principal ? Où places-tu les notes ? Est-ce qu’un ticket peut servir de point d’ancrage ? Est-ce qu’une marge peut accueillir une liste ou une légende ?
Voici des idées de mises en page faciles :
- Une grande illustration + trois notes courtes : parfait pour un lieu fort.
- Plusieurs petites vignettes : idéal pour raconter une journée entière.
- Une carte simplifiée + des détails dessinés autour : très bien pour une ville ou un quartier.
- Un collage central + des croquis en bordure : pratique quand tu as peu de temps.
- Une page chronologique : matin, midi, soir, avec trois mini-scènes.
Je te conseille de varier les rythmes. Si toutes les pages se ressemblent, le carnet devient un peu plat. Alterne pages aérées, pages denses, croquis rapides, collages, textes plus longs.
Dessiner une carte personnalisée
J’adore commencer ou terminer un carnet avec une carte dessinée à la main. Elle n’a pas besoin d’être exacte. Elle sert surtout de fil conducteur.
Tu peux y mettre :
- ton itinéraire ;
- les villes traversées ;
- les lieux coups de cœur ;
- les trajets en train, bus, bateau ou à pied ;
- des petits pictogrammes : montagne, café, musée, plage, marché ;
- des numéros qui renvoient à certaines pages.
Cette carte devient une porte d’entrée dans ton voyage. Et quand tu relis ton carnet plusieurs mois plus tard, elle t’aide à retrouver le mouvement du séjour.
Oser montrer l’imparfait
Je crois que le plus grand frein, c’est la peur du dessin raté. On veut une jolie page, alors on attend d’être prêt. Sauf qu’en voyage, la lumière change, le bus arrive, les gens bougent, la fatigue tombe. Si tu attends les conditions idéales, tu risques de ne rien faire.
Voici ce que je me répète souvent : un trait tremblé peut être vivant. Une perspective bancale peut rester charmante. Une tache d’aquarelle peut devenir un nuage, une ombre, un souvenir.
Si une page ne te plaît pas, tu peux :
- écrire par-dessus ;
- coller un ticket ou une photo ;
- ajouter une bordure ;
- transformer l’erreur en texture ;
- laisser la page telle quelle, comme trace du moment.
Ton carnet n’a pas besoin d’être propre. Il a besoin d’être vrai.
Protéger ton carnet pendant et après le voyage
Un carnet de voyage vit dans des conditions parfois sportives : sac à dos, pluie, sable, miettes, gourde mal fermée. Quelques précautions évitent les drames.
Pendant le voyage, je le garde dans une pochette ou un sac plastique réutilisable quand la météo est incertaine. J’évite de le laisser en plein soleil, surtout si j’ai utilisé des couleurs sensibles. Si une page est humide à cause de l’aquarelle, je la laisse sécher avant de refermer, ou je glisse une feuille entre deux pages.
Après le retour, je vérifie les collages. Certains tickets thermiques s’effacent avec le temps, donc si l’information est importante, je la recopie à côté. Je range le carnet à l’abri de l’humidité et de la lumière directe.
Tu peux aussi scanner ou photographier tes pages préférées. Pas pour remplacer l’objet, mais pour garder une trace si ton carnet s’abîme.
Ma mini check-list avant de partir
Avant un voyage, je prépare mon kit en quelques minutes avec cette liste :
- carnet testé avec mes outils ;
- crayon, feutre fin, gomme ;
- petite palette ou quelques crayons de couleur ;
- pinceau à réservoir ou pinceau compact ;
- colle ou masking tape ;
- enveloppe pour les papiers récoltés ;
- pochette de protection ;
- une page de garde avec mon nom et un contact ;
- deux ou trois idées de pages pour éviter la panne du début.
Et surtout, je me fixe une règle douce : faire au moins une petite trace par jour. Même trois lignes et un croquis de tasse comptent.
Quelques idées de pages pour te lancer
Si tu ne sais pas quoi dessiner, pioche dans cette liste :
- le contenu de ton sac le jour du départ ;
- la vue depuis ta fenêtre ;
- ton premier repas ;
- une façade typique ;
- les chaussures des passants ;
- une carte du quartier ;
- les objets posés sur une table de café ;
- un arbre, une plante, une fleur locale ;
- un moyen de transport ;
- trois détails d’un musée ou d’un marché ;
- une page météo avec couleurs et sensations ;
- le portrait rapide d’une personne rencontrée, si elle est d’accord ou si tu restes très suggestif.
Ces sujets simples évitent de se mettre trop de pression. Ils racontent souvent mieux le voyage qu’un grand panorama compliqué.
Conclusion : ton carnet, ton regard
Créer un carnet de croquis de voyage illustré, ce n’est pas seulement dessiner des lieux. C’est apprendre à ralentir, à choisir ce que tu veux retenir, à donner une forme à tes impressions. Avec un carnet adapté, quelques outils, un peu d’observation et l’envie de garder des traces sincères, tu peux fabriquer un objet profondément personnel.
Ne cherche pas à produire un carnet parfait. Cherche plutôt un carnet que tu auras plaisir à rouvrir dans un an, avec ses pages un peu gondolées, ses annotations spontanées, ses couleurs parfois maladroites et ses souvenirs collés.
Et toi, si tu devais commencer une première page aujourd’hui, tu dessinerais quel moment de ton dernier voyage ?



