Il y a quelques années, j’étais à deux doigts de craquer. Boulot trop dense, téléphone qui vibrait jusque dans mon sommeil, cette sensation permanente d’être en retard sur ma propre vie. Une amie m’a glissé une idée que j’ai trouvée d’abord un peu hippie : « Pars en retraite. En montagne. Sans réseau. »
J’ai tergiversé des semaines. Moi, rester assis dans le silence pendant plusieurs jours ? J’avais peur de m’ennuyer à mourir, ou pire, de me retrouver seul face à des pensées que j’évitais soigneusement depuis longtemps. Spoiler : c’est exactement ce qui s’est passé. Et c’est précisément pour ça que ça m’a fait un bien fou.
Depuis, j’y suis retourné plusieurs fois, dans des formules très différentes. Je ne suis ni moine ni gourou, juste quelqu’un qui a découvert que monter là-haut pour se taire pouvait remettre les compteurs à zéro. Je te partage ce que j’ai compris, sans mysticisme inutile, pour t’aider à voir si c’est fait pour toi.
Le silence en altitude, ce n’est pas juste l’absence de bruit
C’est le truc que je n’avais pas anticipé. En ville, le silence n’existe presque jamais : il y a toujours un moteur, un voisin, une notification. En montagne, le silence est plein. Il est habité par le vent, le craquement d’une branche, le bruit lointain d’un torrent. Et ce silence-là agit sur toi physiquement.
Les premières heures, mon cerveau tournait à plein régime, incapable de s’arrêter. Puis, au bout d’une journée environ, quelque chose se calme. Le flux de pensées ralentit. On entend à nouveau ses propres réflexions au lieu de les noyer.
Ce que l’altitude apporte concrètement, d’après mon vécu :
- l’air pur et l’effort de la marche favorisent un sommeil que je n’avais plus depuis des mois,
- la distance avec le réseau coupe net l’addiction au scroll, et ça soulage plus vite qu’on ne l’imagine,
- les paysages immenses redimensionnent les soucis : vus depuis une crête, mes problèmes de boulot semblaient soudain plus petits,
- le rythme imposé (lever tôt, repas à heures fixes) structure des journées qui, sinon, partiraient dans tous les sens.
Si tu pars pour la première fois, mon conseil : ne prévois rien. Pas de livre à finir, pas d’objectif de méditation. Laisse le lieu et le silence faire leur travail. Tu seras surpris.
Quel type de lieu choisir ? Mon retour sur trois formules
Il n’existe pas une seule façon de faire une retraite. J’ai testé plusieurs cadres, et chacun a sa logique. Le bon choix dépend surtout de ton rapport au religieux et de ton besoin de cadre.
Les abbayes et monastères
C’est l’option la plus structurée. On vit au rythme des offices, on partage des repas souvent en silence, et il y a une vraie discipline du temps. J’avais peur que le côté religieux me bloque, alors que je ne suis pas particulièrement croyant. En réalité, l’accueil est souvent bienveillant et sans prosélytisme. On te laisse participer ou non.
Ce que j’ai aimé : la régularité rassurante des journées, et le fait que d’autres gèrent l’organisation. Tu n’as plus à décider de rien, et c’est étrangement reposant.
Les gîtes et chalets de montagne
Plus souples, plus conviviaux, parfaits si tu veux du silence sans le cadre religieux. On y trouve souvent un accueil familial, la possibilité de randonner, des échanges informels le soir. C’est l’option que je recommande à quelqu’un qui débute et qui a peur de l’aspect monastique.
Les ermitages laïcs
Là, on passe au niveau au-dessus : l’isolement quasi total. Tu es seul, sans rituel imposé, juste toi et le temps qui passe. C’est intense, parfois rude, et je ne le conseille pas pour une première fois. Mais pour qui cherche une déconnexion radicale, c’est imbattable.
| Type de lieu | Pour qui | Ce que tu y trouves |
|---|---|---|
| Abbaye / monastère | Ceux qui aiment le cadre | Offices, silence rituel, discipline |
| Gîte / chalet | Débutants, familles, couples | Souplesse, convivialité, rando |
| Ermitage laïc | Habitués en quête d’isolement | Solitude totale, autonomie |
Les erreurs que j’ai faites (pour que tu les évites)
Ma première retraite n’a pas été parfaite, et tant mieux, j’en ai tiré des leçons.
- J’ai pris trop court. Deux jours, ce n’est pas assez : le temps que le mental se calme, c’était déjà fini. Vise au moins trois ou quatre nuits.
- J’ai voulu “réussir” ma retraite. Grosse erreur. Il n’y a rien à performer. Le jour où j’ai lâché cette idée, tout est devenu plus simple.
- J’avais sous-estimé le manque de confort. Cellule sobre, douche partagée, repas frugaux. Si tu pars stressé par ça, choisis un gîte plutôt qu’un monastère.
- Je n’avais prévenu personne sérieusement. Coupe vraiment. Préviens tes proches que tu seras injoignable, et assume-le. Le demi-décrochage, ça ne fonctionne pas.
Ce que la montagne t’apprend sur toi
Au-delà du repos, il se passe quelque chose de plus profond. Le silence prolongé fait remonter des choses. Des décisions qu’on repousse, des émotions qu’on étouffe, des envies qu’on n’écoute plus. Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est précieux.
Pour ma part, c’est là-haut que j’ai pris deux ou trois décisions importantes de ma vie. Pas dans un grand éclair mystique, simplement parce que, débarrassé du bruit, j’ai enfin pu réfléchir clairement. Le silence ne te donne pas les réponses, mais il te rend l’espace pour les trouver toi-même.
Quelques effets que je constate à chaque retour :
- une clarté sur mes priorités qui dure plusieurs semaines,
- une patience retrouvée face aux petites contrariétés du quotidien,
- l’envie de réduire ma consommation d’écrans une fois rentré,
- un sommeil nettement amélioré pendant un bon moment.
Côté pratique : organiser ta retraite sans te compliquer la vie
On imagine souvent que c’est réservé à une élite ou à des initiés. Faux. La plupart des lieux pratiquent une tarification accessible, parfois solidaire selon les ressources, et beaucoup sont à quelques heures des grandes villes.
Ma petite check-list avant de partir :
- Choisis la durée : trois nuits minimum pour vraiment décrocher.
- Vérifie le niveau de confort et le degré de silence imposé, ça varie énormément.
- Demande s’il y a des temps d’échange ou si tout est silencieux, selon ce que tu cherches.
- Préviens tes proches et active un vrai mode hors-ligne.
- Pars léger : vêtements chauds, bonnes chaussures, et surtout aucune to-do list.
Une dernière chose : ne pars pas en attendant un miracle. Une retraite, ce n’est pas une cure magique qui règle tout. C’est une parenthèse qui te rend à toi-même, et c’est déjà énorme. Le plus dur, en fait, c’est de garder un peu de ce calme une fois redescendu dans la vallée.
Alors je te pose la question : as-tu déjà passé plusieurs jours dans un vrai silence, sans écran ni distraction ? Et si oui, qu’est-ce que ça a remué chez toi ? Raconte-moi en commentaire, j’adorerais lire ton expérience.




35 commentaires
Pile l'article que je cherchais, merci Alex ! Tes conseils sont hyper concrets 🙌
Je ne voyais pas du tout les choses sous cet angle. Tu m'as clairement fait gagner du temps.
Hâte du prochain post ! Tu écris vraiment comme tu parles, ça change tout 💜