Il y a des endroits qui te recâblent le regard. Zanzibar, c’est ça pour moi. J’y suis allé en pensant ramener trois cartes postales de plages turquoise, et je suis reparti avec des milliers de fichiers, une tendinite du déclencheur et l’impression d’avoir effleuré un monde bien plus riche que ce que les brochures laissent croire.
Parce que Zanzibar, ce n’est pas qu’une carte postale. C’est une île métissée où l’architecture arabe croise l’Inde et l’Europe, où les pêcheurs lancent encore leurs dhows à l’aube comme il y a des siècles, où une forêt primaire abrite des singes qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour un photographe, c’est un terrain de jeu sans fin, à condition de savoir où poser son trépied et à quelle heure.
Dans ce carnet, je te partage mes spots préférés, dans l’ordre où je les aborderais si tu débarquais demain. Pour chacun, je te donne ce que je shooterais, à quel moment, et les petites erreurs que j’ai commises pour que tu ne les refasses pas. Prépare ton sac, on y va.
Nungwi : le royaume des couchers de soleil
Si tu ne devais photographier qu’un seul lieu à Zanzibar, ce serait sans doute la plage de Nungwi, au nord de l’île. Sable blanc, mer turquoise, et surtout ces dhows traditionnels qui glissent sur l’horizon. C’est l’endroit où j’ai compris ce que voulait dire « lumière qui se renouvelle chaque soir ».
Le coucher de soleil y est un spectacle dont on ne se lasse pas. Mais le piège, c’est de tout shooter en grand-angle pour « tout faire rentrer ». Erreur. Ce qui fait la magie ici, c’est de jouer avec les focales longues pour comprimer les plans et isoler une silhouette : un pêcheur sur son bateau, un gamin qui court pieds nus dans le contre-jour. C’est là que naissent les images qui racontent quelque chose.
Mes sujets favoris à Nungwi :
- Les dhows en formation sur l’horizon, en contre-jour, idéalement en fin d’après-midi.
- Les reflets colorés sur le sable humide quand la marée se retire.
- Les scènes de pêcheurs à l’aube ou au crépuscule, quand la lumière est dorée et rasante.
Petit tableau de mes réglages de prédilection selon le moment :
| Moment | Sujet | Approche technique |
|---|---|---|
| Lever du soleil | Pêcheurs au travail | Grande ouverture, atmosphère dorée |
| Fin d’après-midi | Dhows en formation | Contre-jour, exposition un peu longue |
| Crépuscule | Reflets sur la mer | Balance des blancs ajustée, ISO bas |
Un conseil que j’aurais aimé qu’on me donne : arrive une bonne heure avant le coucher. La lumière la plus folle, ce n’est pas pile au moment où le soleil touche l’eau, c’est avant et après. L’heure dorée puis l’heure bleue valent largement l’attente, et la foule s’est souvent dispersée.
Stone Town : photographier une ville-musée
Quitter la plage pour plonger dans Stone Town, le centre historique classé à l’UNESCO, c’est changer complètement de registre. Ici, on troque les grands espaces contre des ruelles étroites, des portes en teck sculpté, des marchés qui débordent de couleurs. C’est un labyrinthe, et c’est précisément ce qui le rend fascinant.
L’architecture et le jeu des ombres
Les portes monumentales de Stone Town sont des œuvres en soi : chaque motif raconte une influence arabe, indienne ou européenne. Pour les capturer, je privilégie les mises au point sélectives sur un détail, ou au contraire les motifs répétitifs en façade.
Mais le vrai trésor, ce sont les rayons de lumière qui transpercent les ruelles sombres. Cette opposition entre l’ombre profonde des couloirs et les éclats de soleil dans un patio insoupçonné, c’est de l’or pour qui aime le clair-obscur.
Mes spots dans la vieille ville :
- Le marché de Darajani : fourmillement coloré, fruits et légumes, scènes de vie. Sois discret, observe avant de déclencher.
- Les ruelles anciennes : portes sculptées, enfants qui jouent, mystère et profondeur.
- Le palais du Sultan et ses détails architecturaux majestueux.
Les portraits, avec respect
Stone Town, c’est avant tout des gens. Les marchands de rue, les artisans dans leur atelier, les anciens sur le pas de leur porte. Le portrait, ici, c’est ce qui transforme une photo « jolie » en photo qui a une âme.
Mais attention, et c’est non négociable pour moi : on demande toujours l’autorisation avant de photographier quelqu’un de près. Un sourire, un geste, deux mots, et la plupart des gens acceptent volontiers. Non seulement c’est une question de respect élémentaire, mais en plus le portrait gagne en complicité ce qu’il perd en « volé ». Mes meilleurs portraits viennent toujours d’un échange, jamais d’un téléobjectif planqué.
Jozani : la forêt et ses colobes roux
Cap au sud, vers le parc national de Jozani, et là on bascule dans un tout autre univers : la forêt primaire, humide, dense, vivante. C’est l’épicentre de la photo nature à Zanzibar, et la star locale, c’est le colobe roux, un primate endémique à la coiffure ébouriffée qui fait fondre petits et grands.
Photographier ces singes, c’est un exercice. La lumière est filtrée par la canopée, donc faible et changeante, et les animaux bougent vite. Mes réflexes :
- Vitesse d’obturation élevée pour figer les jeunes qui sautent de liane en liane.
- Lumière rasante du matin pour faire ressortir le pelage roux.
- Patience pour saisir les interactions, notamment les mamans avec leurs petits.
| Faune | Meilleur moment | Astuce |
|---|---|---|
| Colobes roux | Tôt le matin | Vitesse élevée, monte les ISO sans complexe |
| Petits reptiles | Après une averse | Mode macro |
| Oiseaux tropicaux | Heure dorée | Téléobjectif, affût |
Ne néglige pas le décor végétal lui-même : racines saillantes, palmiers géants, tapis de fougères. Et pousse jusqu’aux passerelles de la mangrove. Le contraste entre la noirceur de l’eau et le vert éclatant de la canopée, les reflets qui changent avec la marée, les racines immergées en macro… c’est un terrain parfait pour la photo graphique, presque abstraite. Là-bas, chaque image documente aussi un écosystème fragile, et ça donne du sens au déclic.
Mnemba : la vue du ciel et les fonds marins
Au large de Matemwe se cache l’îlot privé de Mnemba, et c’est là que la photo prend de la hauteur, au sens propre. Si tu as un drone (et le droit de le faire voler, vérifie bien la réglementation locale), les vues zénithales sur cet îlot cerné d’eaux turquoise sont à couper le souffle.
Ce que je viserais en aérien :
- Le plan à 90° sur l’île, qui révèle le fond marin en transparence.
- Les panoramiques horizontaux pour souligner le contraste entre l’océan et la terre.
- Les survols de bancs de dauphins ou de tortues, quand la chance est de la partie.
| Type de prise de vue | Moment idéal | Matériel |
|---|---|---|
| Vue aérienne | Heure dorée | Drone + filtre polarisant |
| Photo sous-marine | Milieu de matinée | Caisson étanche |
| Portrait sur la plage | Début d’après-midi | Objectif lumineux (50 mm) |
Et puis il y a le monde du dessous. La faune sous-marine autour de Mnemba est une des plus riches de l’océan Indien : poissons-lions, tortues, raies, coraux. Même sans matériel de plongée pro, un simple masque-tuba et un caisson étanche te donnent accès à des couleurs prodigieuses. Mon conseil : shoote au milieu de matinée, quand la lumière pénètre bien sous la surface, et approche-toi lentement. La faune marine déteste les gestes brusques, exactement comme moi devant un buffet pris d’assaut.
Kizimkazi : l’authenticité du sud
Loin de la notoriété de Nungwi et du chic de Mnemba, Kizimkazi est ma pépite secrète. Cette baie du sud, peu fréquentée, offre une authenticité que les spots touristiques ont parfois perdue. C’est le royaume des dauphins et d’une culture de pêcheurs encore bien vivante.
Photographier les dauphins, c’est l’école de la patience et de l’anticipation. Ils surgissent, ils plongent, ils sont partis. Sans mode rafale parfaitement maîtrisé et autofocus dynamique, tu rentres bredouille. Les excursions partent tôt, entre 7h et 9h, quand la mer est lisse comme un miroir.
| Sujet | Conseil technique | Heure |
|---|---|---|
| Dauphins | Rafale, autofocus continu | 7h-9h |
| Tortues de mer | Photo sous-marine, lumière rasante | Marée basse |
| Pêcheurs | Portrait serré ou grand-angle | Début / fin de journée |
Mais Kizimkazi, ce n’est pas que les dauphins. C’est aussi le calme, les barques solitaires sur fond pastel, les foyers de pêcheurs au crépuscule, les sourires d’enfants et les traces sur le sable. Ici, l’excellence photographique tient à la subtilité, pas au spectacle. C’est l’endroit où je range le téléobjectif pour ralentir et simplement contempler avant de déclencher.
Les plages secrètes et l’éthique du partage
Zanzibar regorge de plages confidentielles, loin des flux touristiques. Côté est, Uroa, Pongwe ou Bwejuu offrent des décors singuliers : bleus pastel, cordons de dunes peu foulés, lumière filtrée par les cocotiers.
| Plage | Atout photo | Période |
|---|---|---|
| Uroa | Ambiance pastel, ligne côtière épurée | Lever du soleil |
| Pongwe | Récifs découverts à marée basse | Marée descendante |
| Bwejuu | Reflets sur les lagons | Heure bleue |
Le drone y révèle des choses invisibles depuis le sol : méandres de la côte, alignement des cocoteraies, étendue des herbiers marins. Mais cette puissance s’accompagne d’une responsabilité que je prends au sérieux. Chaque cliché que tu partages contribue à faire connaître un lieu, donc à augmenter l’affluence future. Avant de géolocaliser une plage encore préservée, demande-toi si tu lui rends vraiment service. Personnellement, je floute parfois la localisation des coins les plus fragiles. Ça peut sembler paradoxal pour un photographe, mais préserver le sujet fait partie du métier.
Mes conseils transversaux pour shooter Zanzibar
Avant de te laisser, voici les leçons que je retiens de mon séjour, valables sur tous les spots :
- Lève-toi tôt, vraiment tôt. La lumière et l’absence de foule entre 6h et 8h n’ont pas de prix.
- Protège ton matériel du sable et du sel. Un chiffon, des sachets étanches, un soufflet. Le sel attaque tout.
- Demande l’autorisation pour les portraits. Toujours. C’est du respect, et ça améliore tes images.
- Voyage léger : un boîtier, un objectif lumineux, un télé si tu chasses la faune. Trop de matériel tue la spontanéité.
- Pense récit, pas collection. Une série qui raconte une journée vaut mieux que cent photos sans lien.
Zanzibar m’a appris que la photo de voyage la plus forte n’est pas forcément la plus spectaculaire, mais celle où tu as pris le temps de rencontrer le lieu et les gens. Du coucher de soleil de Nungwi au sourire d’un pêcheur de Kizimkazi, c’est cette rencontre qui reste dans le cadre.
Et toi, tu es plutôt team grands paysages au drone ou team portraits dans les ruelles ? Si tu as déjà arpenté l’archipel avec un appareil, raconte-moi ton spot coup de cœur en commentaire, je rêve déjà d’y retourner.




19 commentaires
Pile l'article que je cherchais, merci Alex ! Tes conseils sont hyper concrets 🙌
Je ne voyais pas du tout les choses sous cet angle. Tu m'as clairement fait gagner du temps.
Hâte du prochain post ! Tu écris vraiment comme tu parles, ça change tout 💜